Première question : qui emprunte, la société française ou une entité locale ?

Le choix de l'emprunteur conditionne tout le reste. Une société française peut emprunter auprès d'une banque française pour financer une filiale étrangère, puis prêter les fonds à cette filiale (prêt intragroupe). Elle peut aussi laisser la filiale emprunter directement auprès d'une banque du pays, en droit local, avec ou sans caution de la maison mère.

La seconde voie suppose que l'entité locale existe déjà et dispose d'un compte, d'un numéro d'enregistrement et, idéalement, d'un premier exercice comptable. Une banque étrangère accorde rarement un crédit d'investissement à une société créée depuis quelques semaines sans garantie extérieure. C'est pourquoi la caution ou la lettre de soutien de la société mère est le mécanisme le plus courant. Il faut mesurer ce qu'elle engage : une caution donnée à une banque étrangère figure dans les engagements hors bilan de la maison mère et peut être appelée devant les tribunaux du pays concerné, selon le droit applicable au contrat.

Un troisième cas existe : l'entrepreneur individuel ou le dirigeant qui emprunte à titre personnel pour apporter des fonds à sa société. Les règles du crédit aux particuliers s'appliquent alors, avec une protection du consommateur que l'on ne retrouve pas dans un crédit professionnel.

Les familles de financement d'entreprise à l'étranger

Les produits portent des noms proches d'un pays à l'autre, mais ils répondent à des besoins distincts. Le tableau ci-dessous aide à relier un besoin à un instrument ; les conditions chiffrées dépendent de chaque établissement et ne sont volontairement pas indiquées.

BesoinInstrument usuelPoint d'attention
Acheter des machines, un local, des véhiculesPrêt d'investissement ou crédit-bailGarantie réelle sur le bien, droit local des sûretés
Couvrir le décalage entre dépenses et encaissementsLigne de crédit, découvert autorisé, crédit de campagneRenouvellement annuel, clauses d'exigibilité
Financer la production d'une commande exportPréfinancement, caution de restitution d'acompteDépend du contrat client et de son pays
Permettre à un acheteur étranger de payer à termeCrédit acheteur, crédit fournisseur, assurance-créditRisque de non-paiement et risque pays
Absorber les créances clientsAffacturage internationalContrats de cession de créances selon le pays du débiteur
Lancer une implantationPrêt de démarrage, apport en compte courant, capitalContrôle des changes et règles de rapatriement

Le crédit-bail mérite une mention à part : dans beaucoup de pays, il permet de financer un équipement avec un dossier plus léger qu'un prêt, car le bailleur reste propriétaire du bien jusqu'à la fin du contrat.

Le soutien public français à l'export et à l'implantation

Avant de chercher un prêteur étranger, une PME française gagne à regarder les dispositifs publics, qui ne remplacent pas un crédit mais en réduisent le risque. Bpifrance Assurance Export, qui gère les procédures publiques pour le compte de l'État, publie chaque année un panorama de ses outils. Celui de 2024 décrit notamment les produits suivants :

Business France, l'agence publique d'appui à l'international, intervient en amont : elle accompagne les entreprises qui se lancent à l'export et pilote avec Bpifrance et les chambres de commerce le dispositif Team France Export. Ses conseillers peuvent orienter vers le bon outil, mais ne prêtent pas d'argent.

Le financement européen passe par des banques intermédiaires

La Banque européenne d'investissement présente son action pour les petites et moyennes entreprises comme principalement intermédiée : avec le Fonds européen d'investissement, elle met à disposition des banques et d'autres intermédiaires financiers des lignes de prêt et des garanties, que ces établissements redistribuent ensuite aux entreprises. Une PME ne s'adresse donc généralement pas à la BEI directement, mais à une banque partenaire qui peut proposer un crédit adossé à ce soutien, souvent à des conditions d'accès améliorées.

Concrètement, la démarche consiste à demander à sa banque, ou à la banque locale visée, si elle dispose d'une enveloppe adossée à un programme européen et pour quels types de projets (innovation, transition énergétique, investissement dans une région donnée). La réponse est propre à chaque établissement et à chaque période ; aucune banque n'est tenue de proposer ces lignes.

Le dossier qu'un prêteur étranger exige d'une entreprise

Même quand le projet est solide, les dossiers échouent souvent sur des détails de forme. Les banques étrangères réclament en règle générale :

  1. les statuts et l'extrait d'immatriculation de la société, traduits et, selon le pays, légalisés ou revêtus d'une apostille ;
  2. l'identification des bénéficiaires effectifs et des dirigeants, au titre de la lutte contre le blanchiment ;
  3. les derniers comptes annuels, parfois certifiés par un commissaire aux comptes ou un auditeur ;
  4. un plan de financement et des prévisions de trésorerie réalistes, avec le détail de l'apport des associés ;
  5. les contrats ou commandes qui justifient le projet (bail, promesse de vente, contrat client) ;
  6. la description des garanties proposées : caution, nantissement, gage sur équipement, hypothèque.

Prévoyez des délais plus longs que pour un crédit domestique : l'ouverture d'un compte professionnel pour une société détenue par des non-résidents peut à elle seule prendre plusieurs semaines dans certains pays.

Devise, taux et coût total : le risque que le dirigeant sous-estime

Emprunter dans la devise des recettes futures est la règle de prudence de base : une filiale qui encaisse en monnaie locale et rembourse en euros s'expose à une hausse de l'euro qui alourdit mécaniquement la dette. À l'inverse, emprunter en monnaie locale peut coûter plus cher en intérêts si les taux du pays sont élevés. Il n'existe pas de réponse unique ; il faut comparer le coût total sur la durée, frais de dossier, commissions de non-utilisation et garanties comprises.

Deux questions supplémentaires méritent d'être posées par écrit au prêteur. Le taux est-il fixe ou variable, et sur quel indice ? Le contrat prévoit-il des clauses financières (ratios de dette, de couverture des intérêts) dont le non-respect rend le prêt immédiatement exigible ? Ces clauses, appelées covenants, sont la cause d'incidents fréquents dans les financements d'entreprise et sont rarement présentes dans les crédits aux particuliers.

Mise en garde : fausses garanties bancaires et intermédiaires introuvables

Le financement d'entreprise attire des escroqueries qui lui sont propres. La plus répandue consiste à proposer, contre paiement d'avance, une lettre de crédit standby, une garantie bancaire ou un « instrument financier » censé servir de collatéral à un prêt. Les prêteurs sérieux n'ont pas besoin qu'un tiers vous vende une telle garantie : lorsqu'une garantie est nécessaire, elle est émise par une banque que vous pouvez identifier et contacter directement.

Pour une opération importante, faites relire le contrat de prêt et les garanties par un avocat inscrit dans le pays où le droit s'appliquera.

Obligations fiscales et déclaratives à anticiper

Un crédit étranger crée des obligations qui dépassent la banque. Une société française qui ouvre un compte à l'étranger doit le déclarer à l'administration fiscale. Les intérêts versés à un prêteur étranger, les prêts consentis entre sociétés liées et les cautions données par la maison mère peuvent entraîner des règles de sous-capitalisation, de prix de transfert ou de retenue à la source, selon la convention fiscale applicable. Certains pays imposent aussi un enregistrement du prêt auprès de leur banque centrale ou une autorisation préalable pour les remboursements en devises.

Ces points se traitent avant la signature, avec l'expert-comptable et, si le montant le justifie, un conseil fiscal connaissant les deux pays. Cette page ne remplace pas ce conseil.

Organismes de financement à connaître

Bpifrance (Assurance Export)

banque publique d'investissement

Bpifrance est la banque publique française de financement et d'investissement. Sa direction Assurance Export gère, pour le compte de l'État, des procédures de soutien à l'export : assurance prospection, assurance-crédit, assurance caution et préfinancement, assurance change et assurance investissement. Elle s'adresse aux entreprises françaises, PME et ETI comprises, et non à des particuliers. Le dispositif sécurise un contrat ou un prêt, mais l'entreprise doit encore trouver le financement lui-même auprès d'une banque, dont la décision reste indépendante.

Banque européenne d'investissement (BEI)

banque de développement de l'Union européenne

La BEI se présente comme le bras de prêt de l'Union européenne. Elle accorde des prêts et des garanties au secteur public et au secteur privé, et soutient les PME surtout par l'intermédiaire de banques partenaires, avec le Fonds européen d'investissement. Une entreprise doit donc interroger ces banques intermédiaires pour savoir si une enveloppe adossée à la BEI existe pour son projet. Les critères d'éligibilité sont propres à chaque programme.

Business France

agence publique d'appui à l'international

Business France accompagne les entreprises françaises qui veulent exporter et les investisseurs étrangers qui veulent s'implanter en France. Avec Bpifrance et les chambres de commerce et d'industrie, elle fait partie du dispositif Team France Export. L'agence conseille, oriente et organise des opérations commerciales ; elle n'accorde pas de crédit. Elle constitue un premier interlocuteur pour choisir le bon outil de financement avant de contacter les banques.

Questions fréquentes

Une PME française peut-elle emprunter directement auprès d'une banque étrangère ?

Oui, rien ne l'interdit en principe, mais les banques étrangères accordent plus facilement un crédit à une entité locale qu'à une société française sans présence dans leur pays. Elles demandent souvent une caution de la maison mère ou une garantie sur un actif situé sur place. Le droit du contrat et la juridiction compétente doivent être lus avec attention avant signature.

L'assurance prospection de Bpifrance est-elle un prêt ?

Non. Selon la présentation de Bpifrance Assurance Export, il s'agit d'un soutien qui finance une partie des frais engagés pour développer des ventes à l'étranger. Ses modalités de remboursement et ses conditions d'éligibilité sont fixées par Bpifrance et doivent être consultées sur son site avant de bâtir un plan de financement.

Peut-on financer une filiale étrangère avec un prêt personnel du dirigeant ?

C'est possible, mais le dirigeant emprunte alors à titre privé et rembourse sur ses propres revenus, quel que soit le sort de la filiale. L'apport doit ensuite être documenté (augmentation de capital ou compte courant d'associé) pour être reconnu par la comptabilité et la banque locale.

Que faire si un intermédiaire propose une garantie bancaire payante pour obtenir un prêt ?

Ne payez rien. Une garantie légitime est émise par une banque identifiable, à la demande de l'emprunteur ou du bénéficiaire, et non vendue par un tiers qui demande un paiement avant tout déblocage. Vérifiez l'agrément de l'établissement sur le registre de son pays et signalez la proposition aux autorités si elle semble frauduleuse.

Faut-il emprunter en euros ou en monnaie locale pour une filiale ?

Le plus prudent est d'emprunter dans la devise dans laquelle la filiale encaisse ses recettes, afin de limiter le risque de change. Si le taux local est trop élevé, une couverture de change ou une assurance change peut être étudiée. Comparez le coût total, frais et garanties compris, avant de trancher.

Combien de temps faut-il pour obtenir un crédit professionnel à l'étranger ?

Il n'existe pas de délai garanti. Le temps dépend de l'ouverture du compte de la société, de la traduction et de la légalisation des documents, de l'analyse de la banque et de la nature des garanties. Mieux vaut engager les démarches plusieurs mois avant la date à laquelle les fonds sont nécessaires.

Pour aller plus loin : organismes et ressources