Lex Koller : qui est concerné et pourquoi cela précède le prêt
La Lex Koller, aujourd'hui désignée par l'acronyme LFAIE avec son ordonnance OAIE, limite l'acquisition d'immeubles par des « personnes à l'étranger ». D'après la page de l'État de Genève, mise à jour en juin 2026, quatre catégories sont visées : les personnes physiques de nationalité UE ou AELE sans domicile légal et effectif en Suisse ; les personnes physiques d'autres nationalités qui ne sont pas autorisées à s'établir en Suisse ; les sociétés ayant leur siège à l'étranger ; et les sociétés suisses sous contrôle étranger.
L'Office fédéral de la justice (OFJ) publie un aide-mémoire purement informatif et des instructions destinées au registre foncier. La loi est appliquée par des autorités cantonales : la demande d'autorisation ou de confirmation de non-assujettissement est adressée à l'autorité du canton où se trouve le bien, par exemple à Genève le Département des institutions et du numérique.
Pour un Français domicilié en France, cela signifie qu'il faut d'abord déterminer si l'achat est possible, et à quelles conditions, avant de solliciter une banque. Un prêt accordé pour une acquisition ensuite refusée ne sert à rien, et le notaire ne pourra pas inscrire un transfert contraire à la loi.
Quels biens et quelles situations : ce que la loi permet ou non
Le régime distingue plusieurs cas, dont la portée exacte relève de la loi et des directives cantonales. En résumé, sans prétendre épuiser les nuances :
- un bien servant d'établissement stable (locaux commerciaux, industriels) obéit à un régime distinct de celui du logement ;
- une résidence principale relève d'un régime lié au domicile effectif de l'acquéreur ;
- une résidence secondaire ou un logement de vacances est généralement soumis à des contingents cantonaux et à des conditions de lieu ;
- un placement locatif en logement est en principe fortement limité pour une personne à l'étranger.
Le principe : celui qui n'est pas clairement exclu du régime d'autorisation doit soit demander l'autorisation, soit obtenir une confirmation qu'il n'y est pas soumis. Les précisions (quotas, communes concernées, durée de détention) varient d'un canton à l'autre et changent avec les décisions des autorités ; elles se confirment auprès du canton ou d'un notaire suisse.
Le frontalier français : domicile en France, travail en Suisse
Le cas du travailleur frontalier mérite une attention particulière. Il travaille en Suisse mais vit en France : au regard de la Lex Koller, ce qui compte est le domicile légal et effectif en Suisse. Un frontalier qui garde son domicile en France peut donc être considéré comme une personne à l'étranger pour l'acquisition d'un bien situé en Suisse. Il doit se renseigner auprès de l'autorité cantonale compétente avant de s'engager.
Côté financement, un salarié dont les revenus sont versés en francs suisses a un avantage sur le risque de change si le prêt est lui aussi en francs suisses. À l'inverse, un emprunteur qui perçoit ses revenus en euros et rembourse un prêt en francs suisses supporte un risque de change qui peut alourdir sensiblement la charge si le franc s'apprécie. Cette asymétrie se chiffre avant de signer.
Ce que regarde une banque suisse dans un dossier étranger
Une banque suisse qui accepte d'étudier un dossier d'emprunteur étranger examine la capacité de remboursement, la valeur du bien et les fonds propres de l'acquéreur. Les établissements appliquent les règles d'autorégulation du secteur et leurs propres politiques de risque : l'apport, la nature des fonds propres et la charge théorique calculée sur le prêt sont regardés de près. Les pourcentages exacts doivent être demandés à la banque, car ils varient selon la période et l'établissement.
Raiffeisen, groupe de banques coopératives, présente sur son site trois modèles d'hypothèques : à taux fixe, SARON Flex qui suit l'évolution du taux du marché monétaire avec une conversion possible, et à taux variable. L'Association suisse des banquiers (ASB) représente le secteur sur les enjeux de régulation et publie des documents à destination du public. Aucune de ces pages ne garantit l'accès au crédit pour un non-résident : la décision se prend sur dossier.
Tableau : contrôler chaque acteur avant de transmettre un dossier
| Interlocuteur | Ce qu'il fait | Vérification utile |
|---|---|---|
| Autorité cantonale Lex Koller | Autorise ou confirme le non-assujettissement | Canton où se situe le bien |
| Banque | Octroie le prêt hypothécaire | Présence sur la liste des entreprises autorisées de la FINMA |
| Notaire ou registre foncier | Reçoit l'acte et inscrit le transfert | Coordonnées publiées par le canton |
| Courtier | Met en relation avec des prêteurs | Identité, mandat écrit, aucun frais préalable |
FINMA et ombudsman : les deux recours à connaître
L'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) tient une liste des entreprises, personnes et produits autorisés ou enregistrés. Elle publie aussi une « liste noire » des entreprises qui exercent sans autorisation, des alertes et un formulaire pour signaler une situation. Pour un candidat à l'emprunt, cette liste est le moyen de s'assurer qu'une banque ou un gestionnaire est réellement autorisé.
L'Ombudsman des banques suisses est un service d'information et de médiation neutre et gratuit, destiné aux clients en cas de question ou de plainte. Il permet de déposer une réclamation en ligne et publie une fiche sur la fraude et la cybercriminalité. Le site ne précise pas les conditions applicables aux clients étrangers : on le contacte pour savoir si son dossier relève de sa compétence.
Fausses banques suisses et offres de prêt rapides
L'image de sérieux de la Suisse alimente des escroqueries bien rodées : un site imitant le nom d'une banque réelle, des offres de prêt « sans enquête » à un taux dérisoire, des interlocuteurs qui demandent un paiement avant tout déblocage, des frais d'assurance à régler en cryptomonnaie. Une vraie banque suisse ne fait pas payer à l'avance un prêt qu'elle n'a pas encore accordé.
La vérification est simple : rechercher le nom exact dans les listes de la FINMA, contacter l'établissement par ses canaux publics, et comparer la raison sociale et l'adresse figurant dans le contrat avec ces sources. En présence d'une entité inconnue des listes, on s'abstient de toute démarche et on signale la situation à l'autorité compétente.
Organismes de financement à connaître
Raiffeisen Suisse
groupe bancaire coopératif
Groupe de banques coopératives présent dans toute la Suisse. Son site présente trois modèles hypothécaires (taux fixe, SARON Flex, taux variable) et des services pour l'achat, la construction, la rénovation et le renouvellement d'une hypothèque. Un acheteur qui vit en France doit demander à la banque si elle étudie un dossier d'acquéreur étranger, et d'abord si l'achat est compatible avec la Lex Koller.
Association suisse des banquiers (ASB)
fédération bancaire
Organisation qui représente le secteur bancaire suisse sur les sujets de régulation, de finance durable et de fiscalité. Elle ne prête pas aux particuliers. Son site propose des ressources d'éducation financière et des conseils de paiement sécurisé, utiles pour reconnaître un interlocuteur sérieux.
Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA)
régulateur
Autorité qui autorise et surveille les entreprises du marché financier suisse. Elle publie la liste des entités autorisées, une liste noire des entreprises exerçant sans autorisation et des alertes. Elle sert à vérifier qu'une banque ou un intermédiaire est légitime avant d'envoyer des documents.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la Lex Koller ?
C'est la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger (LFAIE, avec son ordonnance OAIE). Elle vise notamment les ressortissants de l'UE et de l'AELE sans domicile légal et effectif en Suisse, ainsi que d'autres catégories de personnes et de sociétés.
Un frontalier français peut-il acheter un bien en Suisse ?
Cela dépend du bien, de son usage et du canton. Le domicile en France peut le faire considérer comme une personne à l'étranger au sens de la loi. Il faut interroger l'autorité cantonale compétente avant de s'engager.
Où adresser la demande d'autorisation ?
À l'autorité cantonale du lieu du bien. À Genève, par exemple, la demande est adressée au Département des institutions et du numérique. L'OFJ publie une liste des autorités cantonales dans son aide-mémoire.
Comment savoir si une banque est autorisée en Suisse ?
En consultant la liste des entreprises autorisées et la liste noire de la FINMA, puis en contactant la banque via ses coordonnées publiques. Une entité absente de la liste ou présente sur la liste noire doit être écartée.
L'Ombudsman des banques peut-il m'aider ?
C'est un service gratuit et neutre d'information et de médiation pour les clients de banques suisses. On y dépose une réclamation en ligne ; sa compétence sur un dossier d'étranger se vérifie en le contactant.
Faut-il craindre un risque de change sur un prêt en francs suisses ?
Oui, si les revenus sont en euros : une appréciation du franc suisse augmente la charge de remboursement exprimée en euros. L'emprunteur doit simuler ce risque avant de choisir la devise du prêt.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- République et canton de Genève — Acquisition de biens immobiliers par des personnes à l'étrangerPage officielle cantonale qui décrit les personnes visées par la Lex Koller et la procédure d'autorisation.
- Office fédéral de la justice — Acquisition d'immeubles par des personnes à l'étrangerAide-mémoire et instructions officielles sur la Lex Koller, avec la liste des autorités cantonales.
- FINMA — Entreprises autoriséesPage du régulateur sur la liste des entités autorisées et les mises en garde.
