Le mécanisme de la garantie : bien, valeur retenue, rang
Une hypothèque est un droit réel inscrit sur un immeuble au profit du prêteur. Avant de financer, la banque fait expertiser le bien et retient une valeur, souvent inférieure au prix payé. Elle prête une fraction de cette valeur, appelée quotité ou ratio prêt-valeur. L'inscription a un rang : si plusieurs hypothèques grèvent le même bien, le premier inscrit est payé en priorité, ce qui explique que les prêteurs refusent d'ordinaire un rang secondaire sur un bien déjà financé.
Dans les pays de droit civil, l'inscription se fait par acte notarié ou devant le registre foncier, avec des frais proportionnels au montant garanti. Dans les pays de common law, on parle plutôt de mortgage et la procédure suit un autre schéma. Identifiez le type de garantie avant de signer, car la procédure en cas de défaut en dépend.
Statut de non-résident : quotité plus basse, durée plus courte
Les banques durcissent leurs conditions pour un emprunteur non-résident. L'exemple le mieux documenté ici est celui de Banco Sabadell, selon un comparateur espagnol mis à jour en juin 2026 : le financement atteint jusqu'à 70 % de la valeur d'expertise ou d'achat pour un emprunteur qui réside dans une zone à monnaie forte (euro, dollar, livre) et tombe à 50 % sinon. La durée maximale y est de 20 ans, contre 30 ans pour les résidents, et l'apport doit couvrir le solde du prix plus des frais d'acquisition qui peuvent atteindre 15 %.
| Élément | Repère cité pour Sabadell (non-résident) |
|---|---|
| Quotité maximale | 70 % en zone à monnaie forte, 50 % ailleurs |
| Durée maximale | 20 ans |
| Apport | Prix non financé plus frais pouvant atteindre 15 % |
| Taux | Fixe, variable ou mixte, généralement un peu plus élevés que pour un résident |
Ces chiffres sont rapportés par un site tiers et peuvent changer : ils servent d'ordre de grandeur et non d'engagement de la banque. Pour les pièces, le même article cite le NIE (numéro d'identité d'étranger), le passeport, le certificat de résidence fiscale, le contrat de travail et les bulletins de salaire, la déclaration d'impôts, trois mois de relevés bancaires, l'état des autres crédits et l'expertise du bien.
Suisse : la loi sur l'acquisition par des personnes à l'étranger
Avant même de parler financement, la Suisse impose une autorisation à de nombreux acquéreurs étrangers. Selon l'Office fédéral de la justice, les ressortissants étrangers, les sociétés dont le siège est à l'étranger et les sociétés suisses sous contrôle étranger doivent en principe obtenir une autorisation pour acquérir des immeubles. L'autorité cantonale du lieu de situation de l'immeuble décide si l'acte y est soumis, au cas par cas, et l'autorisation ne peut être donnée que pour les motifs prévus par la loi fédérale et la loi cantonale d'application. Un projet de révision, soumis à consultation jusqu'au 15 juillet 2026, vise à restreindre davantage l'achat de logements de vacances et à soumettre à autorisation l'achat par des ressortissants d'États tiers.
Un point à retenir : posséder un bien immobilier en Suisse ne donne pas droit à un permis de séjour. Sans autorisation obtenue ou dispense reconnue, la banque ne finance pas, et un prêt déjà engagé peut être menacé. Faites donc valider le statut juridique de l'opération avant toute promesse de vente.
Les droits européens de l'emprunteur hypothécaire
Dans l'Union européenne, la directive sur le crédit immobilier impose au prêteur d'évaluer la capacité de remboursement avant de proposer un prêt et lui interdit de discriminer les citoyens de l'Union sur la seule base de la nationalité. Une offre ferme s'accompagne de la fiche européenne d'information standardisée (FEIS), qui détaille montant, durée, TAEG, frais et conditions de remboursement anticipé. Pour un prêt libellé en devise étrangère, elle doit montrer l'effet possible des variations de change.
- Le prêteur doit laisser au moins 7 jours pour évaluer l'offre ; selon le pays, ce délai prend la forme d'un délai de réflexion, d'un droit de renonciation après signature, ou des deux.
- Le remboursement anticipé est généralement possible ; l'indemnité éventuelle est fixée par le droit national et ne peut pas dépasser la perte financière réelle du prêteur.
- L'assurance peut être exigée, mais elle ne doit pas conditionner l'octroi du prêt ; vous pouvez en choisir une équivalente ailleurs.
- Le prêteur peut en revanche demander l'ouverture d'un compte courant ou d'épargne chez lui.
Devise du prêt et revenus : un risque que l'hypothèque aggrave
Plus la durée est longue, plus le risque de change pèse. Un prêt en francs suisses, en livres ou en dollars remboursé avec des revenus en euros expose à des écarts de plusieurs dizaines de pour cent sur quinze ou vingt ans. La garantie immobilière ne protège pas l'emprunteur : si la devise du prêt s'apprécie fortement, la dette augmente en valeur réelle alors que le bien, lui, peut perdre de la valeur. Les emprunteurs de plusieurs pays ont connu cette situation lorsque la monnaie de leur prêt s'est brusquement renchérie.
Pour limiter l'exposition, empruntez dans la devise de vos revenus, prévoyez une marge de 20 à 30 % sur le budget mensuel, vérifiez si le contrat autorise la conversion dans une autre monnaie et lisez la clause qui permet au prêteur de demander une garantie complémentaire quand la valeur du bien baisse.
Mise en garde : défaut de paiement, vente forcée et faux notaires
En cas de défaut, le prêteur hypothécaire peut faire saisir et vendre l'immeuble selon la procédure locale. Elle peut être judiciaire ou extrajudiciaire, avec des délais très différents d'un pays à l'autre, et l'emprunteur reste parfois redevable de la différence entre le prix de vente et la dette. Lisez les clauses de déchéance du terme, d'intérêts de retard et de renonciation à certaines protections avant d'accepter.
Les arnaques liées à l'immobilier étranger suivent des schémas connus : un faux vendeur qui encaisse un acompte sur un bien qu'il ne possède pas, un prétendu notaire qui réclame un virement sur un compte à l'étranger, un « courtier » qui promet un prêt hypothécaire contre le paiement préalable de frais d'évaluation. Vérifiez la propriété au registre foncier, passez par un notaire ou un juriste identifié dans l'annuaire officiel de la profession, et ne versez jamais d'acompte sur un compte qui n'est pas celui du notaire ou d'un séquestre officiel.
Préparer et comparer avant de s'engager
Commencez par le bien : titre de propriété, charges existantes, urbanisme, copropriété, taxes locales. Faites ensuite chiffrer le coût total de l'opération : frais de notaire et d'enregistrement, taxe de transfert, expertise, assurance du bien, frais de garantie, honoraires de traduction. Comparez au moins deux établissements dans le pays et une banque française lorsque le bien est financé depuis la France.
Pensez enfin à la fiscalité : un bien situé à l'étranger et les revenus qu'il génère se déclarent selon les conventions fiscales, et les comptes ouverts à l'étranger doivent être signalés à l'administration française. Les règles variant selon la situation, demandez confirmation à un conseil fiscal habilité plutôt que de vous fier à une présentation commerciale.
Organismes de financement à connaître
Banco Sabadell
banque commerciale (Espagne)
Banque espagnole qui propose des hypothèques fixes, variables et mixtes. Selon un comparateur espagnol mis à jour en juin 2026, elle finance les non-résidents à hauteur de 70 % de la valeur d'expertise ou d'achat pour les emprunteurs résidant en zone à monnaie forte, avec une durée maximale de 20 ans. Ces conditions n'ont pas été confirmées sur le site de la banque et doivent l'être avant toute décision. Elle demande notamment un NIE et un certificat de résidence fiscale.
Zürcher Kantonalbank
banque cantonale (Suisse)
Banque cantonale de Zurich, qui exploite aussi une caisse de prêt sur gage. Elle intervient sur le marché immobilier du canton ; son ouverture aux non-résidents n'est pas établie ici. Tout financement d'un acquéreur étranger suppose d'abord de vérifier l'autorisation requise par la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger. La banque doit être interrogée directement sur ses critères.
Office fédéral de la justice (Suisse)
autorité publique
Autorité fédérale qui publie l'information sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger, la loi dite Lex Koller, et les projets de révision. Elle précise que la décision d'autorisation appartient à l'autorité cantonale du lieu de l'immeuble. Elle ne prête pas d'argent : elle fournit le cadre légal avant toute demande de financement.
Questions fréquentes
Quelle part du prix une banque étrangère finance-t-elle à un non-résident ?
Elle est en général plus basse que pour un résident. Selon un comparateur espagnol, Banco Sabadell cite 70 % en zone à monnaie forte et 50 % ailleurs, sur 20 ans au plus. Ces chiffres sont des repères à vérifier auprès de la banque.
Un étranger peut-il acheter n'importe quel bien en Suisse ?
Non. En principe, une autorisation est nécessaire et c'est l'autorité cantonale qui décide au cas par cas. Une révision de la loi est en cours de consultation, ce qui peut changer les règles.
Quel délai pour réfléchir à une offre hypothécaire dans l'Union européenne ?
Le prêteur doit laisser au moins 7 jours. Selon le pays, il s'agit d'un délai de réflexion, d'un droit de renonciation après signature ou des deux. Lisez la FEIS et la clause correspondante.
Peut-on emprunter dans une autre devise que celle de ses revenus ?
C'est possible mais risqué : une hausse de la devise du prêt augmente la dette en valeur réelle. Si le prêt est libellé en devise étrangère, la fiche d'information doit montrer l'effet possible des variations de change.
Que risque-t-on en cas d'impayé ?
La saisie et la vente du bien selon la procédure locale, avec parfois un solde à payer si la vente ne couvre pas la dette. Lisez les clauses de déchéance du terme et de garantie complémentaire avant de signer.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- Office fédéral de la justice — Grundstückerwerb durch Personen im AuslandSource officielle suisse sur l'autorisation d'acquérir des immeubles par des personnes à l'étranger et la révision en cours.
- Banco Sabadell — site officielPermet de confirmer directement les conditions d'une hypothèque pour non-résident.
- Zürcher Kantonalbank — site officielBanque cantonale suisse dont les conditions de financement immobilier sont à vérifier à la source.
