L’interdiction fédérale : où en est-on en octobre 2026 ?

La loi canadienne qui interdit l’achat de propriétés résidentielles par des non-Canadiens est entrée en vigueur en 2023 puis a été prolongée de deux ans en 2024. Elle doit prendre fin en janvier 2027. Début octobre 2026, la presse canadienne indiquait qu’aucune décision de prolongation n’avait été annoncée et que le ministre des Finances disait « étudier les options ». Il ne faut donc ni supposer qu’elle sera levée, ni supposer qu’elle sera reconduite : suivez le texte officiel du gouvernement fédéral au moment où vous prévoyez de signer.

La loi comporte des exceptions pour certaines catégories de personnes (par exemple les résidents permanents et certains titulaires de permis de travail ou d’études remplissant des conditions), ainsi que des règles pour les achats par des sociétés. Chaque exception a ses critères propres : un notaire au Québec ou un avocat dans les autres provinces vérifie votre cas avant la promesse d’achat, et la banque exigera ses propres preuves de statut.

Pour un non-résident sans exception, le sujet « prêt » ne se pose donc pas tant que l’interdiction court. Vous pouvez en revanche étudier une location ou un projet postérieur, en gardant à l’esprit que des mesures provinciales, comme des taxes sur les acheteurs étrangers dans certaines provinces, peuvent s’ajouter.

Ce que l’hypothèque canadienne suppose

L’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) rassemble sur son site les notions utiles : durée du terme, période d’amortissement, fréquence des paiements, choix du taux fixe ou variable, mise de fonds minimale et assurance prêt hypothécaire, coûts de sortie du contrat et pénalités de remboursement anticipé. Dans le crédit canadien, la durée du contrat (le terme, par exemple cinq ans) est distincte de l’amortissement (la durée totale de remboursement). À chaque renouvellement, le taux est renégocié : la mensualité peut donc varier d’un terme à l’autre.

L’ACFC met aussi à disposition un calculateur d’hypothèque et un outil de vérification d’admissibilité. Ils servent d’orientation, non d’engagement. La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) publie, elle, des informations sur l’assurance prêt hypothécaire, qui s’applique généralement lorsque la mise de fonds est inférieure à un certain seuil et dont le coût s’ajoute au prêt. Demandez à chaque prêteur si votre statut vous rend admissible à cette assurance et à quel coût.

L’historique de crédit local : le vrai obstacle des nouveaux arrivants

Le crédit canadien repose sur des bureaux de crédit privés qui constituent un dossier à partir des comptes ouverts au Canada. Un arrivant d’Europe commence avec peu ou pas de trace, quel que soit son sérieux en France. Certaines grandes banques proposent des programmes pour les nouveaux arrivants : la page des hypothèques de la Banque Royale comporte une catégorie « nouveau au Canada » avec une page consacrée aux hypothèques pour nouveaux arrivants. Les critères exacts, la durée de résidence exigée et la mise de fonds demandée se vérifient auprès de l’établissement.

Ouvrir tôt un compte courant, une carte de crédit de faible limite et la payer intégralement chaque mois contribue à construire un dossier. Cela prend du temps et ne se compense pas par des documents français, même excellents. Prévoir un horizon de plusieurs mois entre l’arrivée et la demande est réaliste, mais ce délai n’est pas une règle fixée par la loi : il dépend du prêteur.

Les banques canadiennes appliquent par ailleurs un test de résistance sur la capacité de remboursement fixé par le régulateur fédéral des banques : le dossier est évalué à un taux supérieur à celui du contrat. Un budget qui passe « tout juste » sur le papier risque de ne pas passer ce test.

Panorama des prêteurs selon votre situation

SituationPiste à examinerPoint de vigilance
Résident permanent récentGrande banque avec programme pour nouveaux arrivantsExiger les critères de revenus et d’historique par écrit
Résident du QuébecCoopérative financière implantée au QuébecContrat et notaire en français, droit civil québécois
Non-résident sans exceptionAucune acquisition résidentielle tant que la loi s’appliqueNe pas verser d’acompte sans clause suspensive
Projet de locationPas de crédit nécessaireComparer le coût de location et le coût d’immobilisation

Le Québec obéit au droit civil et non à la common law des autres provinces : l’acte d’achat y passe obligatoirement par un notaire, et les termes du contrat hypothécaire diffèrent de ceux d’une province anglophone. Cela se répercute sur la lecture des documents, qui peuvent exister en deux langues avec des versions de référence différentes.

Mise en garde : faux prêts « pour étrangers » et frais avancés

Les annonces de prêt canadien destinées aux personnes refusées en Europe sont un terrain classique de fraude : site au nom proche d’une banque connue, interlocuteur qui parle de « dossier pré-approuvé » et demande des frais d’assurance ou de notaire à envoyer par transfert international ou en cryptomonnaie. Un prêteur sérieux n’exige pas de paiement avant l’émission d’une offre écrite et ne contourne ni l’évaluation du crédit ni la vérification d’identité.

Si vous avez déjà payé, conservez les preuves, signalez la fraude à votre banque et aux autorités compétentes de votre pays de résidence, et ne réglez aucun « frais de remboursement » supplémentaire.

Fiscalité et change : deux lignes de budget oubliées

Un bien canadien détenu par un résident français doit être déclaré à l’administration fiscale française, et les revenus locatifs sont examinés à la lumière de la convention fiscale entre les deux pays. Ces questions sont individuelles et relèvent d’un conseil fiscal. À l’achat, plusieurs provinces perçoivent des droits de mutation ou des taxes sur les transferts, et certaines imposent une surtaxe aux acheteurs étrangers ; leur calcul se fait sur le site de l’administration de la province concernée.

Quant au change, un apport transféré d’euros en dollars canadiens est exposé à la variation du cours entre la signature de la promesse et le paiement. Si l’échéance du prêt est en dollars canadiens, vos revenus en euros ne sont plus alignés avec vos charges. Calculez une mensualité dans deux scénarios de cours et conservez la marge pour le plus défavorable.

Plaintes et médiation : ACFC et OSBI

L’ACFC supervise le respect des obligations des institutions financières de compétence fédérale envers les consommateurs et publie une section « vos droits » à l’intention des emprunteurs : demandes de prêt, remboursements anticipés, renouvellements. Pour un litige que la banque n’a pas réglé, l’Ombudsman des services bancaires et d’investissement (OSBI) offre un service indépendant, impartial et gratuit pour les consommateurs ; il compte plus de mille cinq cents firmes participantes. Avant de saisir l’ombudsman, il faut en général avoir suivi la procédure interne de la banque.

Conservez les offres, les courriels et les relevés. En cas de difficulté de paiement, la page de l’ACFC sur les mesures d’allègement décrit les reports et options existantes, mais seule la banque peut les accorder : appelez-la avant la première échéance manquée.

Organismes de financement à connaître

Banque Royale du Canada (RBC)

banque commerciale

RBC propose des hypothèques à taux fixe ou variable, une marge de crédit hypothécaire (Homeline), des prêts pour propriété de placement et pour résidence secondaire. Son menu comporte un volet « nouveau au Canada » avec une page consacrée aux hypothèques pour nouveaux arrivants. La page principale ne traite pas des non-résidents : il faut demander les conditions à un conseiller avant d’engager des frais.

Mouvement Desjardins

coopérative de services financiers

Desjardins se présente comme le plus grand groupe financier coopératif du Canada et propose des prêts hypothécaires avec calculateur de capacité d’emprunt et de paiement. Il est implanté notamment au Québec et en Ontario. Le site ne détaille pas, sur sa page d’accueil, les conditions applicables aux nouveaux arrivants ou aux non-résidents ; elles doivent être demandées à la caisse ou au centre de services.

Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL)

organisme public d’assurance prêt hypothécaire

La SCHL n’accorde pas de prêts directs aux particuliers, mais assure des prêts hypothécaires et publie des guides pour acheteurs : coûts de l’assurance, critères d’admissibilité, calculateurs. Son site sert à comprendre ce qu’exige une mise de fonds faible et ce que l’assurance ajoute au coût. Un emprunteur étranger doit demander à son prêteur si son statut permet d’y recourir.

Questions fréquentes

Un non-résident peut-il acheter un logement au Canada ?

Une loi fédérale interdit l’achat de biens résidentiels par les non-Canadiens, avec des exceptions. Elle doit prendre fin en janvier 2027 et, début octobre 2026, aucune prolongation n’avait été annoncée. Vérifiez le texte en vigueur avant d’agir.

Mon historique de crédit français est-il repris ?

Ne comptez pas dessus. Le crédit canadien repose sur des bureaux de crédit locaux. Les banques proposent parfois des programmes pour nouveaux arrivants, dont les critères se confirment avec elles.

Quelle différence entre terme et amortissement ?

Le terme est la durée du contrat à un taux donné, l’amortissement est la durée totale prévue pour tout rembourser. À chaque fin de terme, le taux est renégocié.

Que faire en cas de litige avec une banque ?

Suivez d’abord la procédure interne de plainte de la banque, puis saisissez l’OSBI, service indépendant et gratuit pour les consommateurs, si la réponse n’est pas satisfaisante.

Comment repérer un faux prêteur canadien ?

Un prêteur légitime n’exige pas de paiement avant une offre écrite, dispose de coordonnées vérifiables et procède à une analyse de solvabilité. Une promesse d’acceptation garantie est un signal d’alerte.

Pour aller plus loin : organismes et ressources