La question préalable : l'interdiction fédérale d'achat par les étrangers
Le ministère des Finances du Canada a annoncé en février 2024 la prolongation de deux ans de l'interdiction d'achat de logements canadiens par des étrangers : elle devait expirer le 1er janvier 2025 et a été repoussée au 1er janvier 2027. La page officielle précise qu'elle vise les entreprises commerciales étrangères et les personnes qui ne sont ni citoyennes canadiennes ni résidentes permanentes. Les résidents permanents ne sont donc pas visés.
Le texte fédéral prévoit des exceptions et des définitions détaillées (types d'immeubles concernés, seuils de population, statuts temporaires). Nous sommes en octobre 2026 : un cabinet de juristes a publié en juillet 2026 une analyse sur l'échéance de 2027, ce qui rappelle que le régime peut évoluer. Un Français qui n'a pas la citoyenneté ni la résidence permanente ne doit pas signer d'offre d'achat sans avoir fait confirmer par un notaire québécois si son achat est permis, selon le type de bien et à la date de la transaction.
Ce contrôle est l'étape la moins glamour et la plus utile : l'achat d'un bien interdit expose à des sanctions, et une banque ne prêtera pas pour une opération illégale.
Pourquoi l'historique de crédit canadien change tout
Au Canada, la solvabilité d'un emprunteur s'apprécie en grande partie à travers son dossier de crédit, tenu par des agences privées. Un non-résident qui n'a jamais eu de carte, de prêt ou de compte au Canada n'a pas de dossier, ou un dossier vide. Les prêteurs ne peuvent pas lui attribuer de cote, et c'est la raison pour laquelle les crédits à la consommation sont souvent refusés sans historique canadien préalable.
Pour un prêt hypothécaire, certains établissements acceptent d'étudier des preuves de revenus et d'historique bancaire étrangers, mais cela reste une décision interne : ce n'est ni un droit ni un usage garanti. Un candidat à l'emprunt peut chercher à démontrer sa fiabilité par une lettre de sa banque française, des relevés de plusieurs mois, des avis d'imposition et la preuve d'une épargne importante. La mise de fonds sera probablement plus élevée que pour un résident.
Mise de fonds et assurance prêt hypothécaire : le rôle de la SCHL
La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) est un organisme public qui propose notamment une assurance prêt hypothécaire. Cette assurance protège le prêteur, et non l'emprunteur, en cas de défaut. Dans le système canadien, une mise de fonds inférieure à un certain seuil rend en principe l'assurance obligatoire pour le prêt. Les pages de la SCHL expliquent les critères d'admissibilité et les coûts ; le guide de l'acheteur n'a pas pu en détailler les seuils lors de la vérification, ils sont à confirmer sur le site de la société ou auprès du prêteur.
Pour un acheteur non-résident, la question pratique est de savoir si son profil est admissible à cette assurance et si la banque accepte de traiter son dossier sans elle. Une mise de fonds importante permet souvent de s'en passer, au prix d'un apport plus lourd. Cette arithmétique doit être chiffrée avant de promettre un prix d'achat au vendeur.
Les prêteurs du Québec et l'encadrement des fournisseurs
Le marché québécois du prêt hypothécaire mêle grandes banques canadiennes, mouvement coopératif et courtiers hypothécaires. Desjardins, groupe coopératif présent partout dans la province, affiche sur son site des produits hypothécaires à taux fixe ou variable, des services d'accompagnement à l'achat et des outils de calcul. Les taux publiés varient selon les périodes et le profil, et toute offre reste soumise à l'approbation du crédit.
L'Autorité des marchés financiers (AMF) est l'organisme mandaté par le gouvernement du Québec pour encadrer le secteur financier et aider les consommateurs. Elle publie des registres, des mises en garde et une page sur la fraude financière. La page grand public de l'AMF indiquait au 22 octobre 2026 plusieurs mises en garde récentes contre des entités non autorisées. Avant de confier un dossier à un courtier ou à un « conseiller en financement », on consulte les registres de l'Autorité et on vérifie les droits d'exercice.
Le rôle du notaire et les frais propres au Québec
Au Québec, l'acte de vente immobilière est reçu par un notaire, officier public qui vérifie les titres, la chaîne de propriété et l'état des charges. C'est aussi lui qui reçoit l'acte d'hypothèque et inscrit les droits au registre foncier. Pour un acheteur qui vit en France, le choix d'un notaire disponible à distance, qui accepte les procurations ou les signatures à l'étranger, est un point concret à régler dès l'offre d'achat.
Les frais d'acquisition incluent généralement les honoraires du notaire, les frais d'inscription, une taxe de mutation immobilière perçue par la municipalité (souvent appelée taxe de bienvenue) et l'évaluation du bien. Ces montants varient selon la valeur du bien et la ville ; ils ne doivent pas être estimés d'après une moyenne lue en ligne mais confirmés par le notaire ou la municipalité.
Tableau : trois profils d'acheteurs français et leurs points de blocage
| Profil | Question légale | Question de financement |
|---|---|---|
| Citoyen canadien ou résident permanent vivant en France | Non visé par l'interdiction fédérale d'achat | Dossier de crédit potentiellement ancien ; revenus étrangers à justifier |
| Français sans statut canadien | Interdiction possible selon le bien et la date ; avis du notaire indispensable | Aucun historique canadien ; mise de fonds élevée |
| Français en cours d'immigration (permis, dossier de résidence) | Statut temporaire à analyser au cas par cas | Historique à construire avant la demande |
Ce tableau donne un cadre de lecture. Il ne remplace pas la consultation d'un notaire ou d'un avocat canadien.
Arnaques ciblant les acheteurs étrangers au Québec
Les fraudes les plus fréquentes combinent annonce immobilière et fausse offre de crédit. L'escroc publie une annonce de location ou de vente à prix très bas, demande un dépôt pour « réserver » et propose parfois un prêt interne accessible aux étrangers. D'autres fraudeurs se font passer pour des intermédiaires hypothécaires et réclament des frais d'ouverture de dossier par virement.
Les parades : visiter ou faire visiter le bien par un tiers de confiance, vérifier l'identité du vendeur au registre foncier par l'intermédiaire du notaire, ne rien payer hors de son étude ou d'un compte en fidéicommis, et contrôler le droit d'exercice de tout courtier sur les registres de l'AMF. En cas de doute, l'Autorité propose un dispositif pour aviser d'une fraude, accessible depuis son site.
Organismes de financement à connaître
Desjardins
groupe financier coopératif
Groupe coopératif présent partout au Québec, qui propose des hypothèques à taux fixe ou variable, des services d'accompagnement à l'achat d'une propriété et des calculateurs de capacité d'emprunt. Les conditions affichées dépendent de la période et du profil, et chaque prêt exige une approbation de crédit. Un acheteur vivant en France doit demander directement si son dossier, sans historique canadien, peut être étudié.
Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL)
organisme public d'assurance prêt hypothécaire
Société d'État fédérale qui, entre autres missions, propose l'assurance prêt hypothécaire protégeant les prêteurs. Elle ne finance pas directement l'achat d'un particulier. Son site explique les critères d'admissibilité et les coûts de l'assurance, que l'emprunteur doit lire avant de fixer sa mise de fonds.
Autorité des marchés financiers (AMF)
régulateur
Organisme mandaté par le gouvernement du Québec pour encadrer le secteur financier et soutenir les consommateurs. Elle ne prête pas, mais publie des registres, des mises en garde et des informations sur la fraude financière. Elle sert à contrôler le droit d'exercice d'un courtier ou d'un intermédiaire.
Questions fréquentes
Un Français non-résident peut-il acheter un logement au Québec ?
Cela dépend de son statut (citoyen, résident permanent ou non) et du type d'immeuble. L'interdiction fédérale, prolongée jusqu'au 1er janvier 2027 selon l'annonce de février 2024, vise les personnes qui ne sont ni citoyennes ni résidentes permanentes. Un notaire québécois doit confirmer si l'achat envisagé est permis.
Pourquoi les banques refusent-elles parfois un emprunteur sans historique de crédit canadien ?
Parce que la solvabilité s'évalue beaucoup à partir du dossier de crédit canadien. Sans historique, l'établissement ne peut pas calculer de cote et compense par des exigences accrues sur la mise de fonds, les revenus justifiés et l'épargne.
À quoi sert l'assurance prêt hypothécaire de la SCHL ?
Elle protège le prêteur en cas de défaut de l'emprunteur. Elle devient en principe nécessaire lorsque la mise de fonds est inférieure à un seuil réglementaire. Les seuils et coûts à jour sont publiés par la SCHL.
Comment vérifier un courtier hypothécaire au Québec ?
On consulte les registres de l'Autorité des marchés financiers et on vérifie les droits d'exercice. Un intermédiaire absent de ces registres ou qui réclame des frais avant tout accord doit être écarté.
Le notaire est-il obligatoire pour acheter ?
Au Québec, la vente d'un immeuble est reçue par un notaire, qui vérifie les titres et inscrit l'hypothèque. Pour un acheteur à l'étranger, il faut régler en amont les modalités de signature à distance ou par procuration.
Un prêt à la consommation est-il envisageable au Québec sans historique ?
C'est généralement difficile : les crédits à la consommation sont souvent refusés sans antécédent canadien. Il vaut mieux commencer par ouvrir un compte et construire un historique avant de demander un financement, si la situation de résidence le permet.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- Ministère des Finances du Canada — Prolongation de l'interdiction d'achatSource officielle sur la date d'expiration et les personnes visées par l'interdiction.
- Autorité des marchés financiers — Mise en garde contre les faux prêteursAlerte du régulateur québécois sur les faux prêteurs qui exigent des frais à l'avance et collectent des données bancaires.
- Desjardins — HypothèquesSite d'un prêteur québécois qui présente ses produits hypothécaires et ses outils de calcul.
